Bulletin : Où en est-on dans le traitement de la Sclérose en Plaques ? (Juin 97)
Quels sont les progrès
Les communiqués de presse publiés par plusieurs compagnies pharmaceutiques dans nos journaux (et sur Internet !), ainsi que des interventions intempestives récentes de certains chercheurs sur les ondes et à la télévision, pourraient laisser croire que le problème du traitement de la Sclérose en Plaques (SEP) est pratiquement résolu.
Il est certain que la reconnaissance par la Sécurité Sociale américaine du premier interferon beta (IFN-b) comme traitement des patients atteints de SEP pouvant encore marcher et présentant des poussées fréquentes, fut un pas important dans l'histoire de la SEP. C'est la première fois, en effet, que le monde scientifique admettait sans équivoque qu'un médicament est capable de modifier l'évolution de la maladie, ne fut-ce que partiellement.
Les nouveaux médicaments
Depuis lors, trois produits ont été reconnus: l'IFN-b 1b (commercialisé par Schering en Europe sous le nom de Betaferon) l'IFN-b 1a (commercialisé par Biogen en Europe sous le nom de Avonex) et le Copolymer-I (commercialisé par Teva en Europe sous le nom de Copaxone). Ces médicaments sont disponibles en Belgique mais, contrairement à d'autres pays en Europe, un seul d'entre eux - le Betaferon - est remboursé depuis le 1er juin !
Les deux IFN-b sont fabriqués par génie génétique. L'un (1a) est identique à l'IFN-b naturel qui existe dans notre organisme; l'autre (1b) est très légèrement différent. Le Copaxone est une synthèse chimique de polypeptides à partir de quatre acides aminés présents dans la gaine des nerfs. Son principe d'action est du type "désensibilisation". A long terme, l'efficacité des IFN-b peut être compromise par la synthèse d'anticorps dirigés contre eux (surtout pour l'IFN-b 1b), ce qui ne semble pas le cas du Copaxone. Tous trois peuvent provoquer des réactions (fièvre, fatigue, douleurs musculaires, etc.) nécessitant l'interruption du traitement, particulièrement les IFN-b. Enfin, ces médicaments ne peuvent être administrés que par injection sous-cutanée ou intramusculaire, à une fréquence variable, allant de une fois par jour à une fois par semaine.
Qu'apportent-ils aux patients ?
Il est difficile actuellement de départager ces trois traitements quant à leur efficacité respective, mais il semble ne pas y avoir de différences majeures.
En bref, ils diminuent la fréquence des poussées de 1/3, ce qui est un résultat certes, mais modeste. Pratiquement, un patient qui faisait trois poussées en deux ans en fera encore deux sous traitement. Si les poussées sont graves, cela en vaut sans doute la peine, mais si les poussées sont peu importantes, elles ne justifient pas les risques de réactions secondaires et l'inconvénient d'injections fréquentes. Ces nouveaux médicaments ne sont justifiés (tant sur le plan de leur efficacité que de leur coût) que chez 10 à 15% maximum des patients atteints de SEP et leur remboursement par la sécurité sociale en Belgique sera subordonné à des critères très stricts. Une firme pharmaceutique insiste plus particulièrement sur le fait que son produit freine la progression de la maladie. Effectivement, ce produit semble ralentir quelque peu l'aggravation des troubles neurologiques chez les patients ayant participé aux études cliniques. Mais il faut remarquer que ces patients étaient pour la plupart au début de leur affection et qu'ils ne présentaient pas encore de handicap. Il est donc prématuré d'affirmer que ces médicaments seront également efficaces pour ralentir la progression de la maladie à un stade plus avancé, chez des malades handicapés. Les patients n'ont déjà que trop tendance à attendre plus des traitements actuellement disponibles que ce qu'ils peuvent donner.
Que reste-t-il à faire
Les progrès importants que nous avons faits ces dernières années dans le domaine du traitement de la SEP sont indiscutables, mais ils restent très partiels. Les malades attendent avec une impatience bien compréhensible le traitement qui permettra de retarder l'apparition de la "phase progressive", c'est-à-dire celle pendant laquelle ils assistent impuissants à l'augmentation imprévisible et inéluctable de leur handicap.
Des essais cliniques dans ce sens sont en cours avec divers médicaments, mais les études sont longues car il faut au moins deux, sinon trois ans de traitement avant de juger valablement un résultat. La recherche en SEP tant dans le domaine fondamental que clinique est donc loin d'être terminée et la rapidité avec laquelle nous trouverons des médicaments agissant sur la progression du handicap dépend des moyens que nous pourrons y consacrer.

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