Bulletin : A-t-on trouvé la cause de la Sclérose en Plaques ? (Juin 97)
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Il y a quelques mois, les media ont diffusé l'information selon laquelle deux chercheurs belges auraient découvert la cause de la Sclérose en Plaques (SEP). Cette annonce a suscité beaucoup d'émoi chez les patients et il est donc important de remettre les choses en place. D'après eux, la cause de la SEP serait le Human Herpes Virus-6 (HHV-6), isolé récemment (1986) mais qui existe depuis longtemps puisqu'il s'agit du virus de la rubéole, maladie infantile banale.
Que savait-on ?
Le rôle éventuel du HHV-6 dans la SEP a été envisagé pour la première fois en 1993. Une équipe italienne a recherché dans le sang et le liquide céphalo-rachidien (LCR) les anticorps dirigés contre le HHV-6 chez 126 patients atteints de SEP et 500 personnes normales. La présence d'anticorps témoigne en effet d'une affection antérieure par le virus, même de nombreuses années auparavant. Ils ont également recherché les protéines virales du HHV-6 par des techniques de biologie moléculaire. Ces protéines virales trahissent la présence du virus dans certaines cellules longtemps après l'infection: ces virus sont inactifs mais peuvent devenir agressifs dans certaines circonstances. On dit que ces personnes sont porteuses d'une infection virale latente.
Depuis cette première publication, une demi-douzaine de travaux ont été consacrés à ce sujet. Quelles en sont les conclusions ?
Les anticorps
Tout d'abord, on trouve des anticorps anti HHV-6 dans le sang chez 50 à 85% des personnes normales. Ceci tient à ce que la rubéole est une maladie infantile très fréquente. Les premières études semblaient indiquer que les anticorps se retrouvent plus souvent chez les malades de la SEP (79 contre 41%), mais par contre, un travail récent ne montre guère de différence par rapport à une population normale. Ces anticorps ont été également retrouvés dans le LCR de malades SEP (7%). Nous n'avons aucune donnée concernant les personnes normales (chez qui on ne fait évidemment pas de ponction lombaire), ni même concernant d'autres maladies neurologiques.
Dans un cas particulier de SEP on a observé que les anticorps anti HHV-6 (absents avant un épisode d'exacerbation), ont été détectés pendant cette période d'activité de la maladie. Tous les chercheurs sont d'accord pour dire qu'il est impossible, sur base des dosages d'anticorps, d'établir un lien de cause à effet direct entre le virus HHV-6 et la SEP. On ne peut dire en particulier si le virus est "réactivé" par les troubles immunitaires associés à une poussée, ou si c'est lui qui provoque la poussée.
Les protéines virales
Les recherches concernant la présence de protéines virales (et donc du virus) dans les cellules cérébrales ont montré que ce virus persiste dans le système nerveux chez plus de 70% des personnes ayant fait antérieurement une rubéole.
Dans la SEP, contrairement aux observations faites sur les cerveaux de personnes saines, le virus peut être mis en évidence dans les cellules fabriquant la myéline (oligo dendrocytes). On le trouve également plus fréquemment autour des plaques que dans la substance blanche apparemment normale. Nous n'avons cependant actuellement aucun argument pour soutenir davantage l'hypothèse que le virus HHV-6 est responsable du développement des plaques, plutôt que celle d'une localisation préférentielle du virus au niveau des plaques à cause des anomalies immunitaires qui y sont associées.
HHV-6 et Sclérose en Plaques
Le virus HHV-6 peut envahir le cerveau ou y être réactivé dans certaines circonstances, notamment chez les personnes présentant une immunodéficience (SIDA, greffes de moelle, etc) ou présentant une autre infection virale (rougeole par exemple). Il provoque alors des lésions cérébrales avec destruction de la myéline (comme dans la SEP) mais avec moins de réactions inflammatoires. Il s'agit de cas d'évolution très rapidement progressive, aboutissant au décès du patient en quelques mois. Il est donc possible que certains cas de SEP d'évolution fulgurante soient en réalité une encéphalite subaiguë à HHV-6. On considère toutefois qu'il s'agit de deux affections bien différentes.
Conclusions
En résumé, ce que nous savons du virus HHV-6 ne permet en aucune façon d'affirmer qu'il est la cause de la SEP, au contraire. De même, affirmer qu'une vaccination systématique des jeunes enfants contre la rubéole ferait disparaître la SEP dans vingt-cinq ans est purement gratuit. Il faut rappeler qu'il y a une trentaine d'années, la même hypothèse avait été avancée pour le virus de la rougeole. A cette époque, une vaste campagne de vaccination fut lancée aux Etats-Unis et certains prophétisaient que vingt-cinq ans plus tard, l'incidence de la SEP aurait diminué de manière spectaculaire. Malheureusement, il n'en fut rien et la SEP reste aussi fréquente de nos jours qu'autrefois. On comprend donc difficilement comment des chercheurs peuvent divulguer de telles informations dans les media, sans les publier préalablement dans la presse scientifique avec laquelle elles sont en totale contradiction et où elles feraient l'objet de sévères critiques.

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