Bulletin : Vaccination contre l'hépatite B (Juin 2000)
La vaccination contre l'hépatite B soulève deux questions : 1. peut-elle provoquer l'apparition d'une SEP ? 2. peut-elle aggraver la maladie et en particulier augmenter la fréquence des poussées chez un patient déjà atteint de SEP ? Des enquêtes épidémiologiques sont toujours en cours pour tenter de répondre à ces deux questions.
Une étude en France a montré que sur 735 patients atteints de SEP, 92 avaient été vaccinés contre l'hépatite B. 24 avaient la maladie depuis longtemps et la fréquence annuelle des poussées était de 0.62 dans les 2 années précédant la vaccination. Elle s'est avérée de 0.50 par après, ce qui exclut toute influence de la vaccination dans le rythme des poussées. Vingt patients ont présenté une premier épisode dans les deux mois suivant la vaccination. Par rapport aux malades non vaccinés, la seule différence était un âge de début plus jeune (24 ans contre 28) ce qui pourrait suggérer que la vaccination "précipiterait" l'apparition de la SEP chez des individus génétiquement prédisposés.
Deux patients ont présenté pour la première deux poussées successives après un premier rappel de vaccination ce qui pose la question d'une SEP réellement provoquée par le vaccin. Une étude immunologique réalisée aux Etats-Unis chez un patient ayant développé une SEP trois mois après une vaccination contre l'hépatite B semble confirmer l'hypothèse selon laquelle il pourrait exister une réaction croisée (cross-reactivity) entre l'antigène que pourraient être des protéines de l'enveloppe du virus de l'hépatite B utilisé pour préparer le vaccin et certaines protéines contenues dans la gaine des nerfs (myéline). Ce "mimétisme moléculaire", mis en évidence chez ce patient pour un peptide dérivé d'un proteolipide (PLP) constituant de la myéline, pourrait donc déclencher une réaction autoimmunitaire croisée, un phénomène de "fausse reconnaissance" responsable de la destruction de l'enveloppe des nerfs.
Depuis la publication rapportant plus de 270 cas en France et suggérant la responsabilité de la vaccination contre l'hépatite B dans l'apparition de la SEP, aucune preuve en faveur de cette hypothèse n'a cependant pu être apportée par plusieurs enquêtes épidémiologiques. La dernière, réalisée en Angleterre sur 481 patients ayant développé une affection "démyélinisante" montre que , par rapport à une population normale, la fréquence d'apparition d'une SEP est la même que les malades aient été vaccinés ou pas.
Il faut cependant faire remarquer que par rapport à d'autres maladies, la SEP est une affection relativement rare et que pour mettre en évidence une augmentation d'un risque aussi faible après vaccination contre l'hépatite B, il faudrait pouvoir étudier une population extrêmement nombreuse afin de le détecter de façon statistiquement significative. L'opinion actuelle est donc que, si la vaccination contre l'hépatite B peut provoquer une SEP, cela doit être extrêmement rare et concerne surtout des personnes prédisposées à développer la SEP. La position prise récemment par le Ministère français de la santé publique en faveur d'une relation de cause à effet, ne contribue pas à éclaircir la situation, car elle va à l'encontre de toutes les études scientifiques publiées jusqu'à présent.

Mai 2010 : téléchargez le dernier Bulletin (2677KB)