Bulletin : Nouvelles de la réunion de l'Académie Américaine de Neurologie (Juin 2002)
La réunion annuelle de l'Académie Américaine de Neurologie a eu lieu cette année à Denver (USA). Dans le domaine de la SEP, les recherches cliniques pour améliorer nos traitements marquent quelque peu le pas. Rappelons que cinq médicaments seulement sont officiellement reconnus comme modifiant l'évolution de la maladie. Quatre concernent les patients au stade des poussées et remissions (3 interférons bêta et le copaxone) un seul est efficace dans la phase progressive chez plus de la moitié des malades (mitoxantrone).
De nombreuses études cliniques et de laboratoire sont en cours pour augmenter notre arsenal thérapeutique, mais les résultats sont plutôt décevants. Une étude clinique avec un nouvel immunosuppresseur (Paclitaxel) vient d'être interrompue pour manque d'efficacité. Une autre étude commence avec un immunosuppresseur pouvant être pris par la bouche (Teriflunomide), mais des essais cliniques avec des substances de la même famille se sont révélés inefficaces précédemment. Enfin, à signaler une étude préliminaire avec un anticorps éliminant les lymphocytes B, ce qui est une voie de recherche jusqu'à présent inexplorée et qui pourrait donner des résultats intéressants.
En dehors de cela, la plupart des communications concernent les cinq traitements déjà disponibles. Dans le domaine des interférons, les firmes pharmaceutiques se font la guerre à coup d'essais cliniques tendant à prouver que tel IFN bêta est plus efficace que les autres. Ces études sont souvent de courte durée (un an maximum) et sont parfois critiquables sur le plan de la méthodologie. Il n'est pas certain que ces observations seront confirmées à long terme. En tout cas, l'expérience clinique que nous avons depuis des années avec ces traitements ne montre pas de différences marquantes quant à leur efficacité. Les différences concernent surtout des problèmes de tolérance.
L'étude combinant un IFN bêta et le copaxone se poursuit et confirme que cette association est bien tolérée et semble donner de meilleurs résultats que chacun des deux produits séparément.
De nombreux travaux concernent les mécanismes immunitaires impliqués dans l'évolution de la SEP. Mieux nous les connaissons, plus les chances augmentent de trouver un traitement efficace. Plusieurs recherches insistent sur l'atteinte, non seulement de la substance blanche (myéline et fibres nerveuses) mais également de la substance grise (neurones). En effet, des observations récentes, rendues possibles grâce à de nouvelles techniques d'imagerie par résonance magnétique (IRM), nous donnent à penser que la SEP est une maladie diffuse, qui n'est pas localisée seulement au niveau des plaques.
Dans le domaine de l'IRM, de nombreux travaux tentent d'établir des corrélations entre les images radiologiques et l'évolution clinique, dans l'espoir de pouvoir mieux prédire l'évolution de la maladie. Ce point est particulièrement important en ce qui concerne les personnes qui présentent pour la première fois un problème neurologique (névrite optique par exemple) pouvant faire craindre une évolution ultérieure vers une SEP. Ceci permettrait d'identifier ceux pouvant bénéficier d'un traitement précoce, et d'éviter ainsi de traiter des personnes qui ne feront jamais de SEP ou qui présenteront une forme bénigne.
Si les travaux présentés à ce congrès n'apportent que peu d'informations nouvelles sur le plan du traitement, un peu partout dans le monde des recherches fondamentales se poursuivent pour trouver de nouvelles molécules pouvant modifier l'évolution de la SEP. Ce sont essentiellement des recherches biochimiques et des études utilisant le modèle animal de la SEP, l'encéphalite allergique expérimentale (EAE). Plusieurs travaux concernent les cellules lymphocytaires chargées de mettre fin aux réactions immunitaires exagérées observées dans la SEP. Appelées en anglais "regulatory cells", elles sont capables entre autre de prévenir ou de stopper les attaques immunitaires responsables des poussées. Le problème est de savoir quand elles entrent en jeu et comment elles exercent leur action de contrôle. Elles semblent sécréter des substances chimiques capables de neutraliser les lymphocytes activés, spécifiquement agressifs vis-à-vis de la myéline.
De nouveaux mécanismes responsables de cette "activation" viennent d'être découverts. Il s'agit de "canaux" faisant communiquer l'intérieur des lymphocytes avec leur environnement. L'activation se traduit par une augmentation importante du courant électrique qui circule dans ces canaux. Une protéine (ShK), isolée d'une anémone de mer, bloque la conduction électrique de ces canaux et s'est révélée efficace dans l'EAE. Cette voie de recherche pourrait donc avoir des implications thérapeutiques.
Enfin, on vient de constater que les "statines", outre leur capacité de réduire le taux des graisses dans le sang, ont également un effet immunosuppresseur. Ce dernier est particulier car il s'exerce sur la molécule HLA, celle qui permet de déterminer les groupes tissulaires dans les transplantations, et qui est également impliquée dans la pathogénie de la SEP.

Mai 2010 : téléchargez le dernier Bulletin (2677KB)