Bulletin : Fatigue et sclérose en plaques (Juin 2002)
La fatigue est une phénomène fréquent dans la SEP, particulièrement dans les formes présentant un faible handicap. Elle se caractérise par une brusque impression d'épuisement, le plus souvent sans raison évidente. Elle récupère en général après une brève période de repos (15 à 30 minutes) et s'aggrave au contraire si le patient lutte contre elle. Aucun traitement n'a donné des résultats spectaculaires jusqu'à présent. Deux nouvelles voies de recherche sont actuellement explorées.
La première se base sur l'hypothèse de l'existence de phénomènes de "cataplexie" dans la SEP. La cataplexie est une des deux manifestations de la narcolepsie, c.-à-d. d'une part un besoin soudain et irrésistible de dormir (narcolepsie) et d'autre part une perte du tonus musculaire, souvent déclenchée par une émotion (cataplexie).
La narcolepsie est une maladie très rare mais qui est parfois associée à la SEP (2 à 6/10.000). On a donc émis l'hypothèse que certains symptômes neurologiques de brève durée survenant chez des patients SEP, comme une perte de force dans les jambes, l'impression de passer au travers des genoux, des chutes sans cause apparente, une extrême fatigue, des troubles sensitifs intermittents, des troubles de la vue ou de l'élocution etc., seraient une forme particulière de cataplexie. De là, l'idée d'essayer des médicaments employés dans la cataplexie rétablissant un équilibre entre le sommeil et l'éveil.
Le dernier en date est le modafinil, commercialisé en Belgique sous le nom de PROVIGIL. Septante deux patients SEP présentant une forme à poussées et rémissions, ont reçu de façon alternée, à deux semaines d'intervalle, du modafinil ou du placebo. Pendant le traitement par modafinil, une amélioration significative de l'impression de fatigue a été rapportée par les malades et confirmée par divers tests. Les effets secondaires consistent en céphalées et nausées. Il semble donc que ce médicament soit susceptible de rendre service aux patients SEP souffrant de fatigue, mais cela demande encore confirmation.
Dans le même ordre d'idée, une étude rapporte les résultats obtenus après administration d'un médicament mis au point par une infirmière atteinte de SEP et contenant notamment de la caféine. Après trois mois, le groupe traité déclarait présenter moins de fatigue que le groupe placebo. Le fait que la composition précise de ce médicament (Prokarin) soit restée secrète, ainsi que certaines conditions de l'étude rendent son interprétation difficile.
Une deuxième piste est le rapprochement entre la SEP et le syndrome de fatigue chronique (SFC). Le SFC est une affection complexe, caractérisée par une fatigue non améliorée par le repos et exacerbée par une activité physique ou le stress. A cela s'ajoutent des symptômes multiples et non spécifiques, comme une perte de force, des douleurs musculaires, des troubles de mémoire ou de concentration, de l'insomnie. On comprend que l'on fasse le rapprochement entre le SFC et certains symptômes éprouvés par les malades atteints de SEP.
Le SFC semble assez fréquent et sa prévalence serait supérieure à celle de la SEP (200 vs 100/100.000). La plupart des patients souffrant de SFC sont des femmes (85%), présentant les premiers symptômes vers 30 ans, dont la plupart (80%) ont eu une instruction poussée. Tout ceci rapproche beaucoup cette affection de la SEP.
Les causes du SFC ne sont toujours pas connues. On a suspecté des agents infectieux (notamment les virus), des troubles immunitaires (sécrétion inappropriée de cytokines), des troubles hormonaux (axe hypothalamus - hypophyse - surrénales), une hypotension survenant en station debout (orthostatisme) liée à un dysfonctionnement du système nerveux sympathique, et enfin une déficience nutritionnelle.
Depuis deux ou trois ans, un laboratoire belge (RED) étudie une protéine de petite taille moléculaire, la ribonuclease L (Rnase L), dont la fragmentation produit une molécule anormale, très souvent associé au SFC. Cette molécule peut entraîner la mort de certaines cellules (apoptose) et perturber le transport des substances entre les cellules.
Un dosage sanguin, basé sur un anticorps de la Rnase L, a été proposé comme moyen de diagnostiquer le SFC. Plus récemment le dosage d'une protéine cellulaire associée à l'apoptose provoquée par la Rnase L et qui peut être détectée dans le sérum a fait grand bruit après un article paru dans certains journaux. Ceux-ci semblent en avoir déduit que non seulement la cause du SFC, mais également celle de la SEP avait été découverte. La mise en évidence de ces anomalies biochimiques associées au SFC est intéressante car leur correction pourrait peut-être aboutir à un "traitement" de cette affection particulièrement invalidante. En ce qui concerne la SEP, il serait très intéressant de voir si cette Rnase L se retrouve chez les patients souffrant fréquemment de grande fatigue, ce qui permettrait de répondre à la question de savoir s'il existe une pathologie commune à la SEP et au SFC. De toute façon, si un traitement était un jour mis au point, il ne ferait que traiter la fatigue et non la progression de la SEP.
A noter enfin que certains patients SEP s'étaient déclarés moins fatigués, après avoir pris des doses importantes d'aspirine (ASA). Une étude clinique a été réalisée chez trente malades. La moitié a reçu 2 x 500 mg ASA par jour, l'autre moitié recevait un placebo. Quarante deux pour cent des patients sous ASA se sont déclarés nettement moins fatigués, contre 11 % dans le groupe placebo. Un test clinique de la fatigue a confirmé que cette différence était significative. On pense que l'aspirine agirait sur le système immunitaire par l'intermédiaire de son effet sur divers mécanismes hormonaux et biochimiques vraisemblablement à l'origine de la fatigue.

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