Bulletin : Recherche et publicité (Juin 2005)
L'évènement le plus marquant de ce début 2005 est indubitablement la publication dans la presse (non-scientifique) des résultats très encourageants de deux études cliniques avec le Tysabri. Ces résultats avaient conduit la Food and Drug Administration américaine (FDA) à accorder une reconnaissance accélérée de ce nouveau médicament comme " traitement officiel de la SEP ". Quelques semaines plus tard, la firme pharmaceutique ayant financé les deux études, retira le Tysabri du marché. Deux cas de leucoencéphalite multifocale progressive (LMP) ont en effet été observés chez des patients SEP traités par l'association thérapeutique de Tysabri et d' Avonex. Un troisième cas vient d'être rapporté dans le cadre d'une révision des dossiers de 3 000 patients traités par Tysabri pour la SEP ou d'autres affections auto-immunitaires (maladie de Crohn, arthrite rhumatismale).
Dès la parution des premiers communiqués de presse et de la reconnaissance accélérée du Tysabri par la FDA, des remarques de nos collègues américains avaient souligné le problème de la tolérance à long terme et conseillé une grande prudence. En premier lieu, le Tysabri est une protéine étrangère pouvant provoquer un état de choc. C'est la raison pour laquelle la présence d'un anesthésiste au moment de l'injection était obligatoire pendant l'étude. Mais le problème majeur était la durée du suivi au moment de l'approbation par la FDA : un peu plus d'un an pour l'une et moins encore pour l'autre. Or les effets secondaires importants ne se manifestent en général qu'après plusieurs années, lorsque le produit a été administré à de nombreux malades.
L'information des patients par les firmes pharmaceutiques par voie de communiqués de presse, le " direct-to-consumer advertising " des américains, est malheureusement une coutume de plus en plus fréquente dans tous les domaines de la médecine. Entre 1996 et 2001 le budget des firmes pharmaceutiques pour la publicité directe a triplé pour atteindre plus de 3 milliards de dollars. Il faut dire que pour chaque dollar investi, le retour en chiffre de vente est de 4,20 dollars.
Il est souhaitable que les patients soient informés du développement de nouveaux traitements et de possibilités thérapeutiques disponibles. Malheureusement, lorsque cette information est diffusée prématurément et sans contrôle scientifique par les firmes pharmaceutiques, elle ne tient pas compte du fait que la tolérance à long terme demande plusieurs années de suivi. Elles mettent parfois en évidence des performances statistiques qui ne correspondent pas au bénéfice clinique qu'attendent les patients. Lorsqu'il existe plusieurs commercialisations d'une même classe de médicaments, les slogans publicitaires vantent la supériorité de l'un par rapport aux autres par des affirmations contestables sur le plan scientifique, menant parfois les firmes devant les tribunaux pour publicité mensongère, les obligeant même dans certains cas à se rétracter sur injonction de la FDA.
Le plus regrettable dans ces procédés est le désarroi des patients. L'annonce du retrait du Tysabri a été une énorme déception car ce nouveau médicament serait incontestablement un progrès dans nos possibilités thérapeutiques, à mi-chemin entre les immunomodulateurs et les immunosuppresseurs. On peut espérer que les analyses des dossiers permettront de mettre le Tysabri hors de cause, mais la découverte d'un troisième cas chez un patient traité uniquement par Tysabri pour une autre affection que la SEP est évidemment inquiétante.
Il reste enfin la question de la tolérance à long terme d'un médicament constituant une protéine étrangère pour l'organisme. Comme tous les traitements actuellement disponibles, le Tysabri ne guérit pas la SEP et devrait donc être administré pendant des années.
L'information des patients et des médecins est cruciale dans une période où la recherche en médecine progresse plus rapidement qu'autrefois.
Le bulletin de la Fondation Charcot se fait un devoir d'apporter une information objective et impartiale concernant les progrès et les espoirs en sclérose en plaques.

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