Bulletin : Le Tysabri (Novembre 2005)
On sait que les études cliniques avec le Tysabri ont été interrompues au début de cette année suite à la publication de trois cas de " leucoencéphalopathie multifocale progressive " (LMP) dont deux chez des patients atteints de SEP et un chez un patient souffrant d'une maladie de Crohn. Les deux patients SEP faisaient partie d'une étude associant le Tysabri et l'Avonex, le patient souffrant de la maladie de Crohn ne recevait que le Tysabri.
La révision de 2.000 dossiers de patients SEP traités par le Tysabri n'a pas permis d'identifier d'autres cas. Celle des dossiers de malades recevant du Tysabri pour d'autres affections immunitaires est en cours.
La LMP résulte d'une infection du système nerveux central par le virus " JC Polyoma ". Une contamination par ce virus est fréquente dans l'enfance. Chez de nombreuses personnes, il persiste sous une forme dormante dans les reins et les organes lymphatiques. Dans une population normale, 50 à 85% des personnes sont donc séropositives pour le virus JC.
Il n'existe pas d'explication définitive quant aux mécanismes responsables de l'association d'une LMP avec le Tysabri. Une première hypothèse suggérait que le Tysabri, en empêchant les lymphocytes chargés de " l'immunosurveillance " de pénétrer dans le cerveau, ne leur permettait pas de juguler la réactivation de virus " dormants ". L'hypothèse actuelle considère que le virus serait réactivé non pas dans le cerveau, mais en périphérie. Il semble en effet que l'apparition de la LMP chez les patients SEP a été précédée par un essaimage de virus JC dans le sang. Si cela se confirme, il serait possible de détecter les patients présentant un risque de développer une LMP grâce à une analyse de sang et d'interrompre le traitement par le Tysabri. Cette technique est déjà utilisée en transplantation rénale pour détecter le virus BK, de la même famille que le virus JC, et prendre les mesures nécessaires pour l'empêcher de détruire la greffe. Il faut noter cependant que les effets du Tysabri ne disparaissent que trois mois après l'arrêt du traitement.
Pendant les quelques mois où le Tysabri fut disponible aux Etats-Unis, environ 5.000 patients SEP supplémentaires ont reçu ce médicament. Aucun cas de LMP n'a été rapporté mais la durée du traitement était courte et le recul très bref. Se basant sur l'absence de nouveaux cas et la possibilité d'une détection des patients à risque, la firme pharmaceutique fabriquant le Tysabri a introduit une demande auprès de la Food and Drug Administration (FDA) pour pouvoir reprendre des études cliniques. Cependant, même si le risque de développer une LMP paraît faible, une évaluation précise et définitive par rapport au bénéfice escompté est impossible à l'heure actuelle.
L'efficacité du Tysabri est incontestablement plus importante que celle des interférons et du Copaxone. Il réduit la fréquence des poussées de 66%, soit deux fois plus que les immunomodulateurs actuellement disponibles. Le bénéfice sur la progression du handicap est également plus important, mais dans une moindre mesure semble-t-il. Quant à l'utilité d'associer l'Avonex au Tysabri, les données dont nous disposons actuellement ne paraissent pas indiquer un bénéfice supplémentaire majeur tant sur la fréquence des poussées que sur la progression du handicap. La question se pose d'autant plus que les deux cas de LMP ont été observés chez des patients recevant l'association de ces deux médicaments.

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