Vie quotidienne : SEP et troubles cognitifs
Les troubles cognitifs (TC) sont un problème important chez les personnes atteintes de SEP. Dès 1877, Charcot décrivait le ralentissement des fonctions intellectuelles et un affaiblissement de la mémoire pouvant survenir à cause de la SEP.
Depuis les travaux scientifiques de Rao, publiée en 1991, nous savons que près de la moitié des personnes souffrant de SEP sont également touchées par des TC. Si de tels troubles peuvent donc être fréquents chez le sujet atteint de SEP, leur gravité varie d'une personne à l'autre. Dans un grand nombre de cas, il convient de procéder à des tests suffisamment pointus afin de pouvoir déceler les problèmes.
La vie quotidienne
Si ces troubles cognitifs sont parfois discrets, ils n'en sont pas pour autant sans importance. Rao a en effet démontré que les TC augmentaient le risque de perte d'emploi et qu'ils rendaient plus difficiles certaines activités de la vie quotidienne. Par exemple, les personnes atteintes de SEP et touchées par des TC participeront généralement moins à des activités sociales et auront davantage de difficultés à conduire une voiture. Dans le cadre de certaines études, tant le sujet atteint de SEP que le proche qui s'en occupe ont été interrogés. Il en ressort que les problèmes cognitifs du patient créent en moyenne davantage de stress chez la personne soignante que l'invalidité physique.
Les troubles cognitifs constatés chez les personnes atteintes de SEP diffèrent de la démence. Ils répondent rarement aux critères diagnostiques des personnes présentant une démence. Comme pour les incapacités fonctionnelles physiques, les déficits cognitifs peuvent fortement varier chez les personnes atteintes de SEP.
On observe très souvent une défaillance de la mémoire de travail (mémoire à court terme). Il s'agit de notre capacité à retenir des informations dont nous avons besoin dans l'immédiat, parce que nous sommes en train d'y réfléchir ou parce que nous souhaitons l'enregistrer dans notre mémoire à long terme.
Un traitement moins rapide de l'information
La mémoire de travail influence la rapidité du traitement de l'information et cette fonction est également souvent affectée chez les personnes touchées par la sclérose en plaques. Par exemple, un comptable atteint par la SEP sera encore en mesure de réaliser ses différentes tâches, mais il lui faudra plus de temps pour y parvenir à cause du ralentissement de sa capacité à traiter les données. Une autre fonction cognitive que la SEP peut affecter est l'attention. Dans notre vie quotidienne, nous sommes continuellement submergés par
une vague d'informations : nous voyons les gens et les objets de notre entourage, entendons des bruits environnants et sentons aussi, par exemple, les rayons du soleil. Cette situation ne serait pas vivable si nous n'avions pas la capacité, dans le même temps, de nous concentrer sur un seul objet ou événement. Contrôler notre attention nous permet de trier les informations pertinentes ou non. Lorsque nous travaillons ou conduisons notre voiture aux heures de pointe, nous devons pouvoir maintenir notre concentration sur une seule et même activité pendant une période prolongée.
Les personnes souffrant de SEP peuvent éprouver quelques difficultés à cet égard. Par exemple, en cas de fatigue, un sujet atteint de SEP aura beaucoup de mal à rester concentré sur l'activité qu'il souhaite mener. Cet exemple illustre également le lien étroit entre les troubles cognitifs et un autre symptôme très important de la sclérose en plaques : la fatigue. La dépression, également très fréquente chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, peut aussi perturber les capacités de concentration. Il convient d'y être attentif lors du diagnostic.
Exécuter des tâches séparément
Une altération des fonctions exécutives est également possible. Ces fonctions sont importantes pour le raisonnement abstrait et la résolution de problèmes, mais également pour la planification et l'exécution d'activités complexes. Ainsi, il est parfaitement possible, pour un sujet atteint de SEP, de réaliser diverses tâches séparément. Par exemple, il sera capable de mettre son linge en machine et de revenir au moment adéquat pour transférer le linge dans le sèche-linge, et sera tout à fait à même de préparer un simple repas. Le problème se pose lorsqu'il s'agit de combiner ces activités. Cela requiert une importante adaptation du sujet atteint de SEP, autrefois capable de mener ces tâches simultanément et sans problème. Cela implique également une adaptation de son entourage, parfois enclin à penser que la personne souffrant de SEP n'est pas motivée et n'a pas envie de réaliser ces activités, ce qui, bien entendu, n'est pas du tout le cas.
Il existe encore d'autres troubles cognitifs, plus subtils, pouvant apparaître chez la personne atteinte de SEP. Ceux-ci peuvent être gérés par le neurologue du patient, en collaboration avec un neuropsychologue.
Professeur Guy Nagels,
Centre National de la Sclérose en Plaques

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