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SEP et COVID 19

Sclérose en plaques, virus et COVID 19. La pandémie actuelle provoquée par le Coronavirus appelé COVID 19 soulève de manière bien compréhensible des questions et des inquiétudes, en particulier chez des personnes atteintes d’affections chroniques d’origine immunitaire.

Qu’en est-il dans le cas de la sclérose en plaques ? 

Le système immunitaire des personnes atteintes de SEP est très efficace dans la défense contre les infections virales particulièrement des voies respiratoires supérieures. L’étude la plus importante dans ce domaine est celle de William Sibley et coll. (Lancet, 08/06/1985) qui ont étudié sur une période de 8 ans, 170 patients SEP et 134 volontaires en les interrogeant tous les mois sur la survenue d’infections virales et de poussées éventuelles. La fréquence des infections virales était approximativement 20 à 50 % moindre chez les patients SEP que chez les contrôles.  9 % des infections virales étaient associés temporellement à des poussées tandis que 27 % des poussées étaient concomitantes  ou survenaient juste après une infection virale. Ces chiffres étaient identiques aussi bien chez les personnes avec handicap minimal ayant des contacts sociaux normaux que chez des personnes plus gravement touchées par la maladie.

Par ailleurs nous savons que les personnes SEP ont en moyenne des taux d’anticorps plus élevés que la population générale contre les virus de la rougeole, rubéole, varicelle, oreillons... En conséquence, on peut en tirer la conclusion d’une meilleure résistance du système immunitaire des personnes SEP aux infections virales. Aucune de ces maladies d’enfance ne prédispose à la survenue d’une SEP à l’âge adulte, ni d’ailleurs aucun des vaccins utilisés contre ces maladies.

Le cas du virus Epstein-Barr (EBV) responsable de la mononucléose infectieuse est différent. Avoir rencontré ce virus et avoir développé des anticorps contre lui est une condition nécessaire mais largement insuffisante pour développer une SEP. En général, ce virus ne donne aucun symptôme et l’infection passe inaperçue, mais lorsqu’il provoque une mononucléose avec fièvre, angine et gonflement des ganglions, le risque de développer une SEP dans le futur est triplé. Ce virus a un tropisme pour les lymphocytes B, et chez les personnes génétiquement susceptibles, il y provoque vraisemblablement un dérèglement immunitaire jouant un rôle important dans la SEP.

Les traitements actuels de la SEP pourraient-ils jouer un rôle défavorable dans les défenses immunitaires contre les infections virales ? Ce n’est certainement pas le cas des interférons bêta (Bêtaféron, Avonex, Rebif, Plegridy) qui ont été découverts grâce à leur activité antivirale. Cependant, ce n’est pas l’activité antivirale de ces produits qui est responsable de leur efficacité dans la SEP mais leur effet immunomodulateur comme cela a été démontré par Hillel Panitch (Annals of Neurology, 1994). De même, la Copaxone n’a aucune activité suppressive sur le système immunitaire  et n’augmente donc pas le risque d’infections virales.

En ce qui concerne les autres produits actuellement utilisés, il faut prendre comme point de comparaison les études montrant l’efficacité des vaccins chez les patients traités. Par exemple les patients traités par Aubagio développent une réponse immunitaire efficace lors de la vaccination  contre 3 souches du virus Influenza responsable de la grippe (Amit Bar-Or et coll., Neurology, 2013). De même la réponse immunitaire à 3 vaccins différents (rappel anti-tétanos, anti-pneumocoques et anti-méningocoques) est maintenue chez des patients traités par Tecfidera. Les réponses vaccinales étaient comparables à celles des patients traités par interféron et conféraient une protection adéquate (Christian von Hehn et coll., Neurology, 2018). Le fait que le Tecfidera diminue en moyenne de 30 % le nombre de lymphocytes dans le sang n’empêchait donc pas une bonne réponse vaccinale. Il est possible cependant qu’une diminution plus importante des lymphocytes, observée chez une minorité de patients traités par Tecfidera (<800/µL), compromette une bonne réponse immunitaire. En ce qui concerne le Gilenya, la réponse immunitaire à un rappel anti-tétanos ou contre différentes souches du virus influenza était présente, et dans la majorité des cas, indiquait une bonne protection (Ludwig Kappos et coll., Neurology, 2015). Cependant, le pourcentage de réponses suffisantes était moins fréquent (54%) comparativement aux patients SEP non traités (85%). Il en va de même chez les patients traités par Tysabri dont la réponse anticorps aux différentes souches du virus influenza peut être très variable (H. Olberg et coll., Multiple Sclerosis 2014 et European Journal of Neurology 2018 ; Christophe Metze, CNS Neurosci Ther, 2019). C’est pourquoi certains auteurs recommandent une deuxième dose de vaccin anti-grippe chez les patients traités par Gilenya ou Tysabri, en cas de protection insuffisante.

En ce qui concerne les 3 nouveaux traitements introduits récemment dans la SEP, le Lemtrada, le Mavenclad et l’Ocrevus, la prudence s’impose. En effet, la destruction des lymphocytes ou l’inhibition de leur prolifération y est plus importante et de longue durée et il est préférable d’initier ce traitement ou de refaire de nouvelles cures de ces traitements en dehors de la période épidémique. Il s’agit donc soit de retarder l’initiation du traitement soit de retarder les cures suivantes. Théoriquement, l’utilisation prolongée d’Ocrevus devrait inhiber la production d’anticorps, en particulier contre des nouveaux virus et cette possibilité doit être soigneusement examinée.

Les Coronavirus ont déjà été cités dans la longue recherche d’une origine infectieuse de la SEP. Un article publié dans la revue Science en 1980 par JS Burks et coll. rapportait l’isolement de 2 souches différentes de Coronavirus à partir des cerveaux de 2 patients SEP. Cette observation n’a jamais été confirmée ni reproduite. Nous n’avons pas d’indication à l’heure actuelle démontrant une plus grande fréquence d’infections par COVID 19 chez les patients SEP et je n’ai pas d’expérience personnelle d’une véritable poussée de SEP lors d’une infection par COVID 19. La complication la plus importante du COVID 19 est une réaction inflammatoire incontrôlée au niveau des poumons. Il est possible que les médicaments actuellement utilisés dans la SEP puissent inhiber cette réaction inflammatoire. Dans les formes graves, l’atteinte cérébrale est due le plus souvent à l’effondrement du taux d’oxygène dans le sang, ou à l’ hypercoagulabilité du sang entraînant des thromboses cérébrales. Mais même dans les formes modérées, on peut rarement observer des atteintes du système nerveux périphérique (syndrome de Guillain-Barré) ou des atteintes centrales (encéphalite post-infectieuse parfois hémorragique) sans que le virus ne soit présent dans le cerveau (Ross Paterson, New England Journal of Medicine, juillet 2020).

En conclusion, les personnes SEP ne sont pas plus à risque d’une infection par COVID 19 que la population générale. Leur système immunitaire est apte à se défendre contre les virus de manière efficace. Les traitements utilisés modifient cette défense de manière variable suivant le produit utilisé. Il ne faut pas arrêter les traitements en cours, mais parfois les moduler dans le temps. Le conseil le plus adapté est de suivre de manière stricte les gestes barrière avec lavage des mains, distanciation physique et port du masque dans les endroits publics. Les principaux facteurs de risque d’une forme grave de COVID 19 ne sont pas liés à la présence d’une SEP, mais à un âge supérieur à 65 ans, des problèmes cardiaques, un surpoids, un diabète…
Professeur Christian SINDIC, président de la Fondation Charcot.
 
Les références de toutes les études citées sont disponibles sur demande.
 
 
 
 
27.07.20