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Du virus d’Epstein-Barr à la sclérose en plaques : les mécanismes se dévoilent progressivement

Du virus d’Epstein-Barr à la sclérose en plaques : les mécanismes se dévoilent progressivement.

L’hypothèse selon laquelle la sclérose en plaques (SEP) serait provoquée par un micro-organis me est presque aussi ancienne que la première description de la maladie par Jean-Martin Charcot, au XIXᵉ siècle. Son successeur, Pierre Marie, fut le premier à l’évoquer. À l’époque, aucun élément concret ne permettait toutefois de l’étayer. Les micro-organismes constituaient alors un concept encore relativement nouveau.1 Ces dernières années, le rôle d’un virus en particulier, le virus d’Epstein-Barr (EBV), est devenu de plus en plus évident.

Découvert dans les années 1960 par Michael Epstein et Yvonne Barr, l’EBV a été le premier virus associé au développement de maladies non infectieuses. Il joue notamment un rôle dans l’apparition de plusieurs lymphomes.  Comme tous les herpèsvirus, tels que celui responsable du bouton de fièvre, l’EBV persiste à l’état latent dans l’organisme après l’infection. Son principal réservoir est le lymphocyte B à mémoire, une cellule du système immunitaire adaptatif qui joue un rôle essentiel dans notre protection contre les infections, notamment en favorisant la production d’anticorps.2

Le lien entre l’EBV et la sclérose en plaques est étudié depuis les années 1980. Nous savons par exemple qu’une infection par l’EBV accompagnée des symptômes de la mononucléose infectieuse multiplie par environ trois le risque de développer une SEP. Il a toutefois fallu attendre 2022 pour qu’une vaste étude épidémiologique apporte des preuves convaincantes qu’une infection par l’EBV est bel et bien nécessaire au développement de la maladie.3 On estime que près de 90 % de la population de nos régions sera infectée par l’EBV au cours de la vie. Pourtant, seules 0,1 % des personnes concernées développeront une sclérose en plaques.4 À l’instar de certains lymphomes, la SEP peut donc être considérée comme une complication rare d’une infection par l’EBV. Elle survient lorsqu’une prédisposition génétique s’associe à d’autres facteurs externes. On ignore en revanche par quels mécanismes l’EBV favorise le développement de la sclérose en plaques et pourquoi certaines personnes développent la maladie alors que d’autres y échappent. Depuis quatre ans, les chercheurs s’efforcent d’élucider ces mécanismes. 

Les résultats des recherches en immunologie et en virologie semblent indiquer que, chez les personnes atteintes de sclérose en plaques, le système immunitaire contrôle un peu moins efficacement le virus d'Epstein-Barr. Le virus est un peu plus actif dans les lymphocytes B et tend davantage à se réactiver. Le système immunitaire doit dès lors redoubler d’efforts pour contenir le virus, ce qui se traduit par des concentrations plus élevées d’anticorps dirigés contre l’EBV dans le sang.5,6 Ces observations sont à l’origine des deux principales hypothèses avancées pour expliquer le développement de la maladie.

Le lymphocyte B est non seulement le principal réservoir de l'EBV, mais il joue également un rôle clé dans l'attaque auto-immune du système nerveux central caractéristique de la sclérose en plaques. Plusieurs traitements actuellement utilisés contre la SEP ciblent d’ailleurs spécifiquement ces cellules. Lorsque l’EBV infecte un lymphocyte B, il en modifie le fonctionnement. Le virus produit notamment des protéines membranaires qui interagissent avec d’autres cellules immunitaires, ainsi que des facteurs de transcription qui se fixent à l’ADN de nos propres cellules. L’EBV perturbe ainsi les fonctions immunitaires normalement assurées par le lymphocyte B. Ce faisant, il pourrait faire basculer le fragile équilibre entre la défense contre les infections et l’auto-immunité. Des études récentes menées chez l’animal apportent d’ailleurs les premiers indices montrant que l’EBV pourrait modifier les lymphocytes B de manière à favoriser leur migration vers le système nerveux central, où ils provoqueraient des lésions.7

Selon une autre hypothèse, ce n'est pas le virus lui-même qui pose problème, mais les efforts déployés par le système immunitaire pour le contenir. Plusieurs chercheurs ont mis en évidence une étonnante similitude entre la protéine virale EBNA-1 et différentes protéines de l’organisme présentes dans le système nerveux central. Il est donc envisageable qu’une réponse immunitaire mal dirigée contre l’EBNA-1 s’attaque également aux tissus de l’organisme et contribue ainsi au développement de la sclérose en plaques.8

Ces deux hypothèses font actuellement l’objet de recherches approfondies et ne s’excluent d’ailleurs pas mutuellement. Une autre question essentielle reste pour l’instant sans réponse : l’EBV se contente-t-il de déclencher la maladie ou joue-t-il aussi un rôle actif au cours de son évolution ?

Une chose est sûre : partout dans le monde, les chercheurs s’attachent à décrypter les mécanismes qui conduisent de l’infection initiale par le virus d’Epstein-Barr au développement de la sclérose en plaques. L’avenir dira si ces découvertes permettront de mieux évaluer l’activité de la maladie, de développer des traitements encore plus ciblés ou, peut-être, de prévenir un jour la sclérose en plaques.

Dr Dries De Wit

UZ Leuven – KU Leuven

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1. Murray TJ. The history of multiple sclerosis: the changing frame of the disease over the centuries. J Neurol Sci. Feb 1 2009;277 Suppl 1:S3–8. doi:10.1016/S0022-510X(09)70003-6

2. Taylor GS, Long HM, Brooks JM, Rickinson AB, Hislop AD. The immunology of Epstein-Barr virus-induced disease. Annu Rev Immunol. 2015;33:787–821. doi:10.1146/annurev-immunol-032414-112326

3. Bjornevik K, Cortese M, Healy BC, et al. Longitudinal analysis reveals high prevalence of Epstein-Barr virus associated with multiple sclerosis. Science. Jan 21 2022;375(6578):296–301. doi:10.1126/science.abj8222

4. Lunemann JD, Munz C. Epstein-Barr virus and multiple sclerosis: from associations to mechanisms to potential therapies. Lancet Neurol. Aug 2026;25(8):755–763. doi:10.1016/S1474-4422(26)00177-8

5. Meloni C, Marnetto F, Fagnani C, et al. EBV Dysregulation Is Associated With Immune Imbalance in Multiple Sclerosis: Evidence From Integrated Viral and Host Analyses. Neurol Neuroimmunol Neuroinflamm. Mar 2026;13(2):e200545. doi:10.1212/NXI.0000000000200545

6. Munz C. Altered EBV specific immune control in multiple sclerosis. J Neuroimmunol. May 15 2024;390:578343. doi:10.1016/j.jneuroim.2024.578343

7. Laderach F, Piteros I, Fennell E, et al. EBV induces CNS homing of B cells attracting inflammatory T cells. Nature. Aug 6 2025;doi:10.1038/s41586-025-09378-0

8. Thomas OG, Olsson T. Mimicking the brain: Epstein-Barr virus and foreign agents as drivers of neuroimmune attack in multiple sclerosis. Front Immunol. 2023;14:1304281. doi:10.3389/fimmu.2023.1304281

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